Journal du Dr Didben, 03/18/1921, Lima

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Spat
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Journal du Dr Didben, 03/18/1921, Lima

Message par Spat » mar. 28 août 2018 12:14

Vendredi, 03/18/1921 : Lima
Me voici donc embarqué vers cette exploration d’une pyramide dans la jungle des Hauts Plateaux péruviens, près du lac Titicaca. Je ne sais pas trop ce qu’il m’a pris de proposer mes compétences de médecin à l’organisateur de l’expédition, Mr Larkin. Les soins prodigués dans ces hôpitaux de fortune mexicains lors de l’épidémie de grippe espagnole m’ont sûrement trop rappelé le Front, cette boucherie immonde que les hommes se sont imposée au nom d’un obscur archiduc. Envie d’air frais et de me retrouver loin des foules grouillantes.
Après avoir posé mes bagages à l’hôtel Maury, je me rends au bar Cordano où Larkin a réservé une table. Je vois qu’il a eu d’autres réponse, il y a là 4 personnes déjà attablées, on se présente :
Jesse Hugues, un noir américain jovial, une sorte d’ethnologue qui étudie les peuples disparus;
Archibald Washington, lui aussi noir américain, originaire de la banlieue de Boston, notre mécanicien;
Françoise Pelletier, une jolie française qui effectuera un reportage sur notre expédition et ses succès;
Pranit Singh Dillon, un sikh qui a servi dans la Royal Army comme moi, chargé de notre sécurité. Une armoire à glace.
Et moi même, le Dr Arthur Didben, 20 ans de service en tant que médecin militaire, où ce que j’y ai fait récemment pendant la Guerre Mondiale ressemble plus à de la dissection ou du rafistolage que de la médecine. « Mais je saurais vous aider mes chers camarades d’expédition, notamment en cas d’amputation », leur dis-je.
Larkin arrive enfin, il a l’air halluciné, maigre, et il est accompagné d’un autre homme du même genre, « de Mendoza, mon associé » nous dit-il. Ce gaillard a l’air mauvais comme une teigne, et il ne dit pas un mot. Larkin est avenant et il nous parle de l’expédition, une pyramide perdue dont lui a parlé un éleveur d’alpagas, et il lui a d’ailleurs racheté des objets, un médaillon et une coupe en or. Intéressants ces objets, quelle satisfaction cela serait d’en ramener un au Rag Club à Londres.
Le repas se termine, même si De Mendoza et Larkin n’ont rien mangé, juste bu. Françoise prend quelques photos pour immortaliser notre rencontre et notre départ pour la fortune et la gloire selon Larkin. D’ailleurs à cette heure il sue abondamment, il pue l’eau de Cologne également, même si c’est sa seule faute de goût. Je sais reconnaitre un toxicomane quand j’en vois un, ce gars est déjà en manque de son carburant favori. Quant à moi je me contente d’un pur malt, il faut savoir garder les idées claires. « Rendez-vous Lundi matin, départ 8h » nous dit-il.
Les recrues restent un peu pour échanger après le départ de Larkin et son chien de garde de Mendoza. J’exprime mes doutes sur le possible manque de discernement de Larkin, la drogue peut le pousser à espérer trouver des trésors où il n’y a que des histoires pour les enfants.
Françoise est avide d’aventures et s’en moque, Archibald, lui aussi un ancien militaire, et Pranit se méfieront j’espère.
Voyant nos fronts se crisper, Jesse nous raconte ce qu’il sait : il enquête sur l’expédition de Larkin, son vrai nom est Jackson Elias. Il a été jusqu’au Lac, et a pu constater que personne ne veut aider Larkin, que le lieu où il veut nous emmener serait maudit. Et les villageois prennent même de Mendoza pour un kharisiri, une sorte de vampire qui absorbe la graisse des corps. Jackson est en fait un enquêteur sur l’étrange et il en tire des livres qu’il arrive à vendre pour gagner sa vie. Il pense tenir un bon sujet. L’expédition n’est probablement pas ce que Larkin nous a présenté, il garde des secrets pour je ne sais quelle raison.
Jackson nous propose d’aller avec lui au Musée d’Archéologie, rencontrer le Pr Sanchez, demain à 14h. Il pense que le Pr en saura plus sur la pyramide. On demande avant de partir si Françoise peut développer ses photos d’ici demain pour lui présenter les trésors de Larkin.

Nous voici au Musée, dans le bureau du Pr. Il connait bien Jackson apparemment. Sanchez examine les 2 trésors de Larkin, et il est formel : ils ne datent pas de la même période, ni ne viennent de la même région. L’un vient de Bolivie, l’autre date du Vème Siècle. Larkin nous a appâté avec des trésors authentiques, mais en aucun cas originaires de « sa pyramide ». Il nous demande d’aller chercher son assistante Trinidad Rizo aux Archives, au sous-sol, car elle est allée chercher des pièces en rapport avec l’expédition de Larkin qu’elle dit avoir trouvées, et elle s’attarde. Françoise, Pranit et moi descendons, désireux de nous dégourdir les jambes et de trouver quoi penser des mensonges de Larkin.
Une réserve est ouverte, avec de la lumière. Nous entrons et nous répartissons parmi les rayonnages. Pranit nous appelle « Elle est là venez ». Nous arrivons et la pauvre femme gît là, par terre, morte, sous plusieurs rayonnages. Je l’examine : elle a un trou énorme dans le thorax, comme si quelque chose l’avait traversé en entrant par là, mais pas de trou de l’autre côté. Et on dirait une momie, il n’y a presque plus de fluides vitaux, juste un peu de sang autour du corps. Ah mes jambes ne me soutiennent plus, on dirait ces jeunes gens victimes des gaz dans les tranchées, ça ne finira donc jamais. Je suis en sueur. La voix de Pranit aide à me concentrer.
« Françoise, voulez-vous bien aller prévenir le Pr du drame s’il vous plait » dis-je, en espérant qu’elle ne voit pas cette scène horrible, ni mon malaise. Je vois une sculpture en or à côté du corps qui a l’air spéciale, je la cache au cas où elle intéresse le tueur. On finit de fouiller la réserve avec Pranit, les réflexes de l’armée reviennent et m’aident à me focaliser.
Il y a des traces de sang, le meurtrier a souillé ses chaussures. Nous trouvons une porte à l’arrière de la réserve, et ça remonte vers les jardins du Musée via un vasistas. Des gens crient, nous sortons. Il y a des blessés par arme blanche, je les soigne, et Pranit remonte jusqu’au Professeur.
La Police arrive, les 1ers soins sont faits, je vais voir le Professeur moi aussi.
Je les trouve tous autour de lui, blanc comme un linge, assis par terre. Et il y a Pranit qui maintient une boite dans laquelle quelque chose s’agite.
Ils me racontent que le Professeur aussi a été attaqué, et qu’un homme l’a embrassé et mis quelque chose dans sa bouche. Il a perdu connaissance, mais Pranit et Françoise ont réussi a lui faire sortir ce qu’il avait dans le corps. Une sorte d’asticot gros comme le poing qui bouge à une vitesse stupéfiante et qui a d’ailleurs attaqué Pranit. Il faut le transférer dans un récipient en verre car il a une salive acide et commence à ronger la boite dans laquelle Pranit l’a enfermé. Quelle bête horrible, je n’ai jamais entendu parler de ça. Et comment l’assassin pouvait-il garder ce ver dans sa bouche, le Professeur a dû paniquer et mal voir.
Et l’homme en question est identifié, grâce aux photos de Françoise : c’est de Mendoza.
Je cours aux Archives ramener ce trésor que Trinidad avait sorti selon moi. Je trouve aussi ses notes. Cette plaque d’or a d’ailleurs des traces de peau humaine brulée sur elle, mais pourtant elle était froide lorsque je l’ai trouvé.
Nous décortiquons les notes de Trinidad avant l’arrivée de la Police, qu’allons nous raconter ?

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Samedi, 03/19/1921 : Lima
Nous décidons de parler de de Mendoza à la Police, et de nous séparer : Pranit et Archibald partent par l’arrière du Musée car ils sont armés, et la Police risquerait des les arrêter. Nous racontons l’agression du Pr Sanchez, et des gens à l’extérieur du Musée, mais notre descente dans les Archives et le cadavre de la pauvre Trinidad est oublié, pour éviter les complications. Ainsi que la larve, ses notes et le morceau d’or qu’elle a trouvé.
Nous retournons à l’Hôtel une fois que la Police a recueilli nos témoignages, et attendons Pranit et Archi. Françoise est furieuse après nous car elle a peur d’être menacée par ce criminel, elle qui réside à Lima. J’ai l’impression qu’elle cherchera à se protéger quitte à trahir les autres membres de l’expédition, elle pense s’en sortir mieux seule qu’en groupe.
Les voilà : ils nous racontent que pendant ce temps ils ont visité Larkin et la chambre de de Mendoza à l’hôtel España, un acte bien téméraire. Larkin était inconscient, complètement shooté à l’héroïne. Ils ont d’ailleurs ramené son flacon. Et ils ont trouvé un petit masque en or dans la chambre de de Mendoza. Voila qui n’est pas très discret, d’autant plus qu’ils ont discuté avec la tenancière de l’hôtel.
Bon, Françoise suggère que nous pourrions faire des expérimentations sur la larve chez un ami à elle qui a un laboratoire discret dans Lima pour distiller ses alcools « des familles ». Très bonne idée, même si nous n’en apprendrons pas grand chose au final : la larve peut être endormie par l’éther, le reste des répulsifs trouvés dans une droguerie ne fait rien. Le morceau d’or exhumé par Trinidad la repousse comme si elle le craignait plus que tout. Une fois endormie je la dissèque, sans en apprendre plus sur l’espèce à laquelle elle appartient. Par contre, un peu désespéré de ne rien découvrir, je tente de poser le morceau d’or sur elle, car celui-ci a brulé de Mendoza au Musée il semblerait. Et « Pschh » le cadavre de la larve se consume effectivement. Incroyable.

Dimanche le 20 Mars. La nuit a été courte mais nous sommes tous impatients de confronter Larkin sur les évènements de la veille. Dès 8h30 nous partons pour son hôtel sous un beau ciel bleu.
La tenancière est là, elle reçoit Pranit et Archi avec véhémence « La Police est venue visiter la chambre de M. De Mendoza, qu’avez-vous fait ? Il a disparu, c’est de votre faute, je vais l’appeler la Police moi »… Ils arrivent à la calmer en disant que nous ne connaissons que Larkin et que ça n’a rien à voir avec nous. « Toc toc toc », chambre 8, nous réveillons notre explorateur. Il est mal en point, et semble stupéfait quand nous lui parlons de l’attaque au Musée. Mais il pue la mort, on dirait qu’il a la gangrène. Et les veines de son bras, que j’aperçois, sont noires. Cet homme là n’en a plus pour longtemps on dirait, je dois l’examiner. Il nous demande de l’attendre en bas, nous prendrons le petit déjeuner ensemble. Il semble à bout de force.
Une fois à table, il nous raconte qu’il ne connaissait de Mendoza que depuis peu, qu’il s’est présenté suite à l’annonce car il connait bien la zone des ruines et pouvait s’occuper de la logistique. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis sûr qu’il ne nous dit pas tout, de Mendoza est bien plus important que ça pour lui. Je me suis placé à côté de lui, il s’est changé et pue l’eau de Cologne maintenant, mais c’est toujours un homme à bout. J’en profite pour attraper son poignet et examiner ses veines : « Vous êtes au plus mal, laissez-moi … ».
Je n’ai pas le temps de finir, il m’échappe et bondit hors de sa chaise, sa stature change, il semble plein d’énergie, de tension, prêt à me frapper. Et ses yeux, ils sont devenues intégralement noirs !!!
« Ne me touche surtout pas, simple mortel, montre du respect ou tu le regretteras ». Tout le monde est surpris à la table, et a un mouvement de recul. « Larkin, je tenais simplement à vous examiner, vous êtes au plus mal et j’ai peur que vous ne puissiez même pas voir la fin de l’expédition si vous ne vous faites pas soigner ». « Je vais très bien, montrez du respect, accompagnez-moi et vous trouverez tout ce que vous voudrez grâce à l’expédition, des richesses matérielles et spirituelles telles que vous ne pouvez pas imaginer »…
Le pauvre homme a complètement perdu la tête, il est schizophrène et cette personnalité est particulièrement inquiétante. Françoise se lève, « Reste là » dit-il, mais elle part tout de même, en fait pour appeler une ambulance.
Quelques instants après cette personnalité s’efface et revoilà le Larkin à bout de force, tout hébété. Ses yeux redeviennent normaux. Bien sûr il ne se souvient plus, un cas de dissociation classique. Cette homme ferait un cas clinique de psychiatrie tout à fait remarquable d’après ce que j’ai pu lire sur le sujet. Il a récupéré ses esprits lorsque les ambulanciers arrivent, et manifestement il va bien et arrive à les embobiner, ils repartent sans l’emmener.
« Nous nous voyons lundi matin 8h pour le départ n’est-ce-pas ? oublions cet incident, l’expédition est tellement plus importante. » dit-il. Pouvait-on rêver meilleur chef effectivement, je ne me vois pas le suivre.

Dimanche après-midi, 03/20/1921.
L’après-midi après cette entrevue houleuse avec Larkin se résume à une discussion entre nous pour savoir si nous poursuivons l’expédition organisée par ce lunatique. Tous ces jeunes gens sont prêts à faire contre mauvaise fortune bon coeur, et à poursuivre, appâtés par l’argent ou la renommée qu’une telle aventure représente. Je n’irai jamais par moi-même, mais je vais les suivre et pour une fois essayer de garder une personne entière plutôt que d’en rafistoler les morceaux une fois qu’il est trop tard.
À l’hôtel une jeune femme séduisante se joint à nous, « Madelyn Brown », avec un accent australien. Une anthropologue qui a contacté Larkin, mais son bateau n’est arrivé qu’aujourd’hui. Nous essayons de ne pas lui dépeindre un tableau trop noir de nos dernières 24 heures à Lima, qu’elle puisse rencontrer Larkin et décider par elle-même. Elle va à son hôtel accompagnée de Jackson dès cet après-midi, espérons qu’il soit encore lucide.
Nous finissons nos préparatifs pour affronter la montagne, lorsqu’elle revient. Larkin a su la séduire, les femmes ne résistent pas bien à ce genre de charmeur enthousiaste. Il était encore en forme visiblement. On lui explique alors toute la situation.
Lorsqu’on lui présente les objets que nous avons trouvé, elle semble troublée, absente, lorsqu’elle regarde le masque. Elle le laisse tomber, et a l’air complètement désorienté. « je suis fatiguée, j’ai besoin de repos, pardon ». Hum ça me semble louche, quelque chose a du nous échapper en regardant cet artefact. Je l’examine à nouveau. Mes sens se troublent, la chambre de l’hôtel disparait et je me retrouve dans une pièce sombre en pierre, à regarder un petit homme peindre les murs. Tout devient noir, je tombe. Je me réveille avec Pranit qui vient de me décrocher la mâchoire, ouch.
« Je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai eu une vision étrange, et j’ai manifestement perdu connaissance. Même après plusieurs whiskys cela ne m’était jamais arrivé, je ne comprends pas ». Madelyn finit par avouer qu’elle aussi a eu une vision, plutôt de fin du monde en ce qui la concerne : elle était sur une pyramide qui s’écroule, et des tentacules et des larves blanches grouillaient partout. Sommes nous victimes de psychotropes ? Reposons nous et nous verrons demain matin, faute de réponse.

03/21/1921 au 03/23/1921.
Au matin du départ tout cela ne semble qu’un mauvais souvenir. On s’active pour charger les 3 camions, avec les 6 chauffeurs trouvés par Larkin, ou plus exactement par de Mendoza, même s’ils ne le connaissent que pour avoir été embauché par lui. On longe la cote 2 jours, jusque Mollendo. La route est facile, mais ennuyeuse. Larkin vient me voir pour demander si je n’ai pas un antidouleur, car il a une rage de dents. Je lui propose un peu de morphine. Il me laisse lui faire une piqure et me confie qu’il a ce mal qui lui obscurcit les veines depuis plusieurs années. Etrange, je n’ai jamais entendu parler d’une telle affliction. Je vois aussi qu’il a un tatouage sinistre sur la poitrine.
Le lendemain nous démarrons l’ascension de la Cordillère vers Puño. La route est vertigineuse, étroite et en mauvais état, mais les chauffeurs se débrouillent bien. Nous y arrivons sans trop de retard le mercredi soir.
Larkin nous explique alors qu’il comptait sur de Mendoza pour trouver un guide ou des bêtes de sommes à partir de là. Nous devrons nous débrouiller et faire aussi bien que lui donc. Il me prend à part pour sa « rage de dent ».
« Mon cher Augustus, on ne va pas se mentir, je connais votre addiction et j’ai pris la précaution de me procurer quelques doses d’héroïne avant de partir, justement pour nous prémunir contre ce genre de situation. » Il ne se fâche pas, demande ma discrétion sur son vice « hum, bien sûr je serai discret… », et je lui passe une dose pour tenir, il est à bout.

Jeudi 03/24/1921.
Nous sommes les seuls occidentaux dans Puño et on nous regarde plutôt hostilement lorsque nous cherchons comment poursuivre l’expédition. L’altitude nous épuise rapidement, c’est vraiment éprouvant de nous déplacer ici. Heureusement Jackson a un contact, une vieille dame qu’il a rencontré lors de sa 1ère visite à Puño. On lui dit qu’elle s’est isolée dans un petit village lacustre de la communauté Urus sur le Lac Titicaca. Nous sommes sur le point de partir pour le village lorsque Françoise et Pranit remarquent qu’une femme et un enfant nous surveillent. Effectivement ils embarquent eux aussi, mais ne nous suivent pas jusqu’au huttes des Urus. Nous rencontrons Nayra, une guérisseuse, qui finit par nous dire où louer des bêtes, après des babillages sans trop de sens sur le fait que la pyramide est maudite. Elle nous raconte la légende d’un dieu tombé du ciel qui dévorait tout ce qu’il trouve, et qui a été enfermé sous terre par un héros, dans une pièce en pierre, qu’il a ensuite scellée avec une protection magique en or.
Nous n’arrivons pas à savoir si elle y croit ou si cette légende la fait rire et qu’elle pense qu’il vaut mieux vendre l’or si on le trouve. Nous finissons pas partir, sans oublier de la mettre en garde car il semblerait que quelqu’un nous a suivi, car elle se dit menacée par les kharisiris, un terme qui est maintenant employé pour tout et n’importe quoi de dangereux apparemment.
Demain nous partirons pour cette pyramide, mais je commence à me demander ce que nous ferons si nous trouvons de l’or : non pas que je crois à ces contes pour enfant, mais les villageois ne nous laisseront probablement pas piller ce site et attirer la malédiction sur eux.

Vendredi 03/25/1921.
Ça y est, le départ avec quelques mules vers la pyramide, à 3 jours de marche dans les hauts plateaux. Avant de partir Jackson reçoit la visite d’une connaissance : le village de Neyra a été attaqué, mais les habitants avaient déménagé, ouf. Malheureusement une femme a disparu on dirait, sa barque a été retrouvé vide. Nous étions bien suivis par des gens mal intentionnés.
Les collines sont recouvertes de roche, c’est un terrain cassant, mais nous supportons bien cette 1ère journée de marche, sauf Larkin qui est une nouvelle fois en manque. Nous montons le camp le soir, je soigne les ampoules, et je donne à Augustus de quoi « chasser le dragon ».
Une nuit de repos bien méritée. Nous établissons tout de même des tours de garde car de Mendoza est toujours dans la nature. Nous effectuons le 1er avec Madelyn. Une jeune femme bien dynamique. C’est notre tour de dormir après quelques heures dans le froid d’altitude.
A peine ai-je trouvé le sommeil que des cris me réveillent. Je sors de la tente mais ne voit pas grand chose. Je vais chercher une torche dans le feu de camp pour m’éclairer.
Un combat là bas, Pranit, Archibald et Françoise frappent un homme à la carrure gigantesque. Archibald lui éclate la tête à coup de crosse, il ne bouge plus.
J’apporte de la lumière : une mule est morte aussi, desséchée comme l’assistante du Pr Sanchez. Mais personne n’est blessé. Et tout de suite je remarque que la bouche de cet homme est déformée, ronde avec des dents pointues sur tout le tour, comme une sangsue, et sa langue dépasse de 20 bons centimètres, quelle vision d’horreur, je vacille.
Je reprends mes esprits et l’examine de plus près. Mais voilà qu’il se remet à bouger, ses blessures se referment, il essaie de me saisir. J’arrive à le bruler avec la torche, Archibald lui colle une balle à bout portant dans la tête. Mais je constate que la régénération se poursuit, c’est impossible !
Vite je vais chercher le morceau d’or du musée : son contact brule le monstre, comme pour la larve. Il ne se régénère plus lorsque l’or reste en contact. Je décide de l’ouvrir : je n’en crois pas mes yeux, je vois des poumons, un coeur qui sont calcifiés, ils n’ont pas fonctionné depuis des lustres. Seul l’estomac est en état, rempli des graisses et fluides de la mule. Mes gestes sont automatiques, ceux d’un médecin habitué à ce genre d’opération , mais les circonstances sont monstrueuses. Je vois que mes compagnons ont du mal à tenir le choc.
C’est comme si un parasite assoiffé de nourriture avait pris le contrôle du corps, mais je ne trouve rien qui y ressemble.
Nous ne savons pas comment tuer la créature, elle recommence à se régénérer si nous enlevons la plaque d’or. Nous brulons la tête, et la démembrons, puis enterrons les morceaux loin l’un de l’autre, ça devrait faire l’affaire. Seul Pranit a la force de caractère de réaliser cette boucherie sans sourciller.
Le matin arrive, je n’ai presque pas dormi de la nuit. Et Larkin a dormi toute la nuit. Que nous réserve cette 2ème journée vers la pyramide ?

Samedi 03/26/1921.
Nous partons tant bien que mal après cette nuit épuisante. Larkin se réveille, mais nous lui racontons juste une histoire d’ « autochtone agressif », convaincus qu’il ne nous sera d’aucune aide, entre son addiction et sa schizophrénie.
La journée est longue, harassante. A l’approche du campement le soir, nous entendons des coups de feu de l’autre côté d’une crête. On se précipite. Les jumelles nous révèlent 2 péruviens à 1km environ, un homme et un enfant, et l’homme essaie de le soigner.
« Les amis, je pense que je peux l’aider à soigner cet enfant, un accident a dû arriver, je vous propose d’y aller ».
L’accueil du père (il se présentera sous le nom de Julio Cespedes) est hostile et il nous menace de son fusil « pas d’homme blanc », mais j’arrive à le persuader de me laisser examiner son enfant Domingo. C’est grave, une morsure, et sa cuisse a l’air d’avoir été drainée. Mes soins lui sauveront la vie, mais il lui faudra du suivi dans un dispensaire. Soulagé, Julio nous invite à dormir à la ferme. C’est juste une habitation avec une étable, mais nous partageons tous ensemble un peu de nourriture et d’alcool, et de chaleur humaine. Je « soigne les dents » de Larkin pour qu’il comate dans sa tente et n’effraie pas la famille. L’homme nous raconte qu’ils ont été attaqués par un occidental et une péruvienne, c’est d’ailleurs elle la kharisiri qui a mordu l’enfant. Cela ne cadre pas avec les légendes qu’il nous raconte. Il nous confirme cependant comment tuer un kharisiri, notre méthode est la bonne.
Nous dormons tôt, avec tout de même des tours de garde.
Dimanche.
Nous repartons le matin au Sud-Ouest, en leur promettant de repasser à notre retour, non sans emprunter quelques colifichets protecteurs. A 12h nous apercevons 1km devant nous un homme et une femme qui marchent, les kharisiris ! Ils ne prêtent aucune attention, et marchent droit devant sur notre chemin. Nous décidons de former un commando pour les rattraper et éliminer ces créatures. Archi, Pranit au fusil, Madelyn et moi au pistolet. Nous partons en petite foulée et nous retrouvons à portée au bout de quelques temps, sans être remarqués. Archibald ajuste, c’est un tireur d’élite, en pleine tête, la femme s’écroule. Pranit blesse l’homme, qui se relève et se précipite vers nous, enragé, toujours avec cette bouche hideuse pleine de crocs. Il n’a pas le temps d’arriver et nous l’abattons. Pranit commence sa sinistre tâche de boucher. Quand j’arrive à la femme, elle s’est régénérée et se jette sur moi. J’arrive à l’éviter et lui colle un bon coup de bâton avec tout mon poids. Elle retombe inconsciente. Je la matraque jusque l’arrivée de Pranit et son sabre.
Une fois les « paquets » enterrés, nous repartons. Larkin est surpris par notre « sauvagerie » qu’il a pu observer à distance, mais nous ne perdons pas de temps à lui expliquer la nature des kharisiri : soit il la connait et nous prétendra le contraire, soit il ne nous croira pas. Le soir nous arrivons enfin à la pyramide, mais avons juste le temps de dresser le camp à distance avant la nuit.
Lundi.
L’accès est escarpé, en contrebas, nous préférons laisser les mules et nous chargeons du matériel nécessaire. La structure se dresse sur un grand espace entouré de mur, avec quelques petits monticules de rocs. Il y a des masques hurlants gravés un peu partout sur les murs et ce qui semble servir de portail. Nous passons par dessus car l’ouverture est bloquée par les gravats.
Nous explorons le site, il y a 5 puis d’accès de 5m de profondeur (j’en découvre d’ailleurs un en tombant dedans lorsque le sol se dérobe sous mes pas et la chute me blesse sérieusement). Et un charnier au Sud dans un trou, avec des dizaines de squelettes et de corps, visiblement des victimes des kharisiri vu leur état. L’odeur, la vue, les mouches, c’est insoutenable, personne ne veut rester à proximité de ce trou. Le sommet de la pyramide est à une dizaine de mètres, Larkin, Archi et Pranit escaladent. Le toit est fissuré, une odeur atroce s’échappe de la faille. Pranit regarde, il nous racontera avoir entendu et entraperçut quelque chose de grand bouger. Lui qui s’est montré imperturbable jusque maintenant, il est secoué, il tremble, et ne veut pas rentrer dans la pyramide.
Nous repérons un puit ou l’accès est possible avec 2 cordes. Notre commando descend, Françoise, Jackson et Larkin restent à la surface. Nous sommes dans un couloir étroit qui descend jusque environ 20 mètres sous terre. A droite une salle, avec 3 paillasses. De Mendoza est immobile sur l’une d’elle, Pranit se précipite et le frappe de son sabre. Cette expédition devient trop horrible. Il arrive à le tuer, et le démembrer. La salle abrite aussi des objets de valeur, manifestement ce qui appartenait aux victimes de ces monstres, et quelques trésors archéologiques, pas forcément tous du même genre. Plus loin, un kharisiri plus petit et desséché nous attaque, Archi manque de s’évanouir à la vue d’une larve qui en sort et commence à s’agiter avant d’être écrasée. Ces boyaux sont très angoissants, nous avons l’impression d’être suivis, observés.
Finalement nous arrivons à tout explorer, le boyau fait le tour de la pyramide, sous terre. Lorsque le mur est du côté de la pyramide, il y a une frise d’or, comme celle du musée. Et nous finissons pas tomber sur un trou dans cette frise, qui correspond évidemment à là où la pièce du musée a été arrachée par les conquistadors. A cet endroit le mur de la pyramide est fendu, un liquide visqueux s’en écoule et forme une mare de plusieurs mètres. Et des larves s’y agitent. Nous décidons de tenter de remettre la frise d’or en place, car il n’est pas concevable de laisser ces larves se répandre. Nous arrivons à les tirer comme à la foire, enfin pour certains d’entre nous plus adroits que moi car j’arrive à me blesser avec mon arme lorsqu’une balle fait long feu. Il va falloir que je m’entraine.
Archibald ose pénétrer dans la mare huileuse, et arrive à ressouder le morceau d’or grâce à ses talents de mécanicien. Il semble que le flux s’échappant du mur commence à diminuer. Nous nous dirigeons vers la sortie en rassemblant plusieurs milliers de $ de trésors pris dans la cache de de Mendoza. Nous prévoyons de faire effondrer les conduits d’accès avec quelques explosifs. Dehors nous voyons que Larkin est ligoté : « il a commencé à devenir fou lorsque vos coups de feu ont retenti. » nous dit Françoise. « Avec ses yeux noirs, et se prenant pour une sorte de dieu, nous avons du le maitriser ». Et nous voyons des cendres s’échapper du sommet de la pyramide, par la faille, quelque chose brule à l’intérieur…
Qu’allons nous faire de Larkin ? Et il nous reste encore ce masque qui m’a procuré cette vision, il me semble sentir encore cette aura étrange, il va nous falloir chercher d’où ça vient. Et ces larves parasites qui transforment les gens en vampires assoiffés de graisse, nous n’avons malheureusement remonté aucune preuve scientifique de cette horreur. Encore que, cela vaut peut-être mieux, nos généraux trouveraient sans doute une utilité à ces monstres.

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